Il y a deux ans, je posais le pied à Montréal pour la première fois, seul, et j'en étais revenu avec un article et des étoiles plein les yeux. Cette année j'y suis retourné, et cette fois un seul article ne suffira pas : ce carnet jour par jour ouvre la série Montréal 2026, d'autres suivront sur des sujets qui méritent leur propre place. En attendant, voilà le voyage, dans l'ordre, avec les kilomètres qui vont avec.
Jour 1· mardi 25 août : annulé, dérouté, arrivé
Réveil à 4h du matin, la petite excitation du départ, les valises qu'on revérifie une dernière fois, passeport, portefeuille, tout y est. À 5h30, SMS d'Air Canada : vol annulé. Décomposition instantanée assis dans le canapé.
En cherchant la cause, je tombe sur la raison, et elle est tragique : la veille au soir, sur le tarmac de Montréal-Trudeau, un agent de piste a été heurté par un A350 pendant une manœuvre de repoussage. Il n'a pas survécu. L'aéroport a été gelé une partie de la soirée, et dans la cascade d'annulations qui a suivi, l'avion qui devait me ramener à Montréal était celui qui devait faire la rotation vers Toulouse, et qui n'est jamais parti. Une pensée pour cet homme et pour ses collègues, qui font un métier plus dangereux qu'on ne l'imagine depuis nos hublots.
Côté logistique, Air Canada a été rapide : à peine une demi heure plus tard, nouveau SMS, on m'a retrouvé une place via Royal Air Maroc. Toulouse-Casablanca à 11h30, puis Casablanca-Montréal à 17h. Le hic, et il est de taille pour moi : j'avais choisi mes dates et mes billets précisément pour voyager sur le tout nouvel A321XLR d'Air Canada, arrivé au printemps et lancé en juin sur la ligne Montréal-Toulouse, sa toute première route internationale. Un Airbus neuf, sur la route de la ville d'Airbus. À la place : un 737 pour le premier tronçon, puis un 787-9 Dreamliner pour la traversée. Autant dire ma pire configuration possible. Le 787, c'est ce long-courrier en composite dont une bonne partie du fuselage est conçue et fabriquée par des sous-traitants avant assemblage, et le résultat, je le connais pour l'avoir déjà subi deux fois sur cette même destination : un avion souple, flexible, qui vous balance de gauche à droite dans le fauteuil, et bruyant avec ça. La presse aéro vous vantera la cabine mieux pressurisée, l'air moins sec et les plus grands hublots de l'aviation civile, et c'est vrai. Mais les défauts sont là aussi, et j'allais me farcir presque dix heures cumulées de Boeing.
Escale de trois heures à Casablanca, plus de 30 degrés et quelques bourrasques de sable, histoire de dépayser le dépaysement. Arrivée à Montréal, immigration expédiée (téléchargez ArriveCAN et préparez votre déclaration depuis le canapé, ça change tout), valise, carte de transport, hôtel à 22h heure locale. Soit 4h du matin en France : 24 heures pile entre le lever et le coucher. On appelle ça une mise en jambes.
Jour 2· mercredi 26 août : l'Oratoire, les écureuils et l'anneau
Réveil à 6h, vaguement momifié. Il faut dire que sur le vol Royal Air Maroc, le personnel navigant a une conception très minimaliste de l'hydratation : hormis le repas et la collation, l'équipage disparaît derrière ses petits rideaux et aucun coin boissons n'est mis à disposition. Bilan de la traversée : trois gobelets d'eau et une mini canette de Coca. Chez Lufthansa ou Air Canada, on circule, on demande, on est resservi. Là, l'équipage semble partir du principe que ses passagers sont des grands habitué au désert, il oublie que de temps en temps ils peuvent transporter des bretons, fait à 99% d'eau de pluie 😅.
Réhydratation d'urgence donc, façon locale : un Tim Hortons, un grand Coke diète et le fameux muffin explosion de fruits, dégusté sur un banc en compagnie des écureuils, qui sont clairement les pigeons métropolitains d'ici. Ils sont partout, ils vous regardent manger, et ils ont exactement le même aplomb.
Direction ensuite l'Oratoire Saint-Joseph. Il y a deux ans, je l'avais seulement contemplé d'en bas. Cette fois, on monte. Et la montée est révélatrice de l'état d'esprit nord-américain : dans ce qui reste techniquement une église, on gravit l'édifice par une succession d'escaliers mécaniques, on peut s'acheter une canette de Monster Energy au distributeur, et le self-service s'appelle, je vous jure, La Sainte Fringale. Pour l'histoire, tout ce complexe est né d'une petite chapelle de bois construite en 1904 par le frère André, un portier de collège devenu saint (canonisé en 2010), et la basilique n'a été achevée qu'en 1967 : six décennies de chantier qui expliquent ce millefeuille architectural, du néo-classique de la façade à l'art déco de l'intérieur en passant par des volumes de béton franchement brutalistes. Les pèlerins les plus fervents montent encore les marches centrales à genoux, pendant que les autres prennent l'escalator. Chacun son ascension. Je ne sais pas si mes photos rendent justice à l'ensemble, mais en vrai, c'est bien plus qu'un empilement de béton et de métal, et les belvédères offrent une vue à couper le souffle sur l'ouest de la ville. Le petit jardin du chemin de croix juste à côté vaut le détour, surtout de bon matin, quand il n'y a personne à part les écureuils en spectateurs.
L'après-midi, cap sur Sainte-Catherine : commande de chaussures chez New Balance (introuvables facilement en Europe), passage chez Gosselin, la boutique photo, pour trouver un trépied en prévision d'un projet de lever de soleil, et déambulation jusqu'au fameux anneau de la Place Ville Marie, ce cercle géant suspendu qui semble avoir été déposé là par un géant qui ne savait pas quoi en faire. Midi et soir au Bambino, le petit italien du rez-de-chaussée de l'hôtel : salade verte et spaghettis boulettes le midi (le serveur a semblé sincèrement impressionné par ma vitesse d'exécution), pizza pepperoni le soir, grosse flemme assumée. Entre les deux, sieste, pharmacie (ibuprofène, boisson de réhydratation, crème solaire : le kit du survivant) et supérette pour la collection de sodas diète locaux.
Bilan du jour : 19 km, 24 560 pas. Pour un jour de récupération.
Jour 3· jeudi 27 août : Uniqlo m'a eu
Départ tranquille vers 10h, un tour au complexe Desjardins (mon ancien quartier général d'il y a deux ans, je logeais dans l'hôtel juste au-dessus), la place des Arts, un petit-déj' McDo. Puis première visite de ma vie dans un Uniqlo. Je connaissais l'enseigne de nom et de réputation, j'avais toujours hésité à commander en ligne, et il aura suffi d'une boutique réelle pour comprendre : ce temple du vêtement bien rangé et bien présenté a eu raison de moi. Garde-robe de t-shirts intégralement refaite.
Orage annoncé, repos stratégique, avec un crochet préalable chez Wendy's pour un Dave's Double en combo. Et une révélation frites : rustiques, croustillantes, exactement ce que KFC essaie de faire chez nous depuis des années avec son truc mou et gras. Ici, Wendy's eux ils y arrivent.
Le soleil revenu, balade de fin de journée jusqu'au Walmart, ce temple de la consommation où tous les conditionnements paraissent anormaux. La bouteille de gel douche qui me ferait l'année ici fait visiblement le mois. Pourquoi ? Des salles de bain plus grandes ? Une propreté supérieure ? Mystère. Les rayons s'étendent à perte de vue, on y trouve de tout, des blouses d'infirmière aux manteaux de bûcheron. Retour tôt : demain, réveil à 3h30.
Bilan : 11,4 km, 14 675 pas. Journée molle, donc.
Jour 4· vendredi 28 août : le lever de soleil et le jardin
Départ de l'hôtel à 4h, bus vers le Mont-Royal, et à 5h me voilà au belvédère du chalet, le Kondiaronk, du nom du chef wendat qui négocia la Grande Paix de Montréal en 1701. Comme il y a deux ans, le lever de soleil sur la skyline de la ville endormie est un spectacle dont je ne me lasse pas, et cette fois avec un trépied digne de ce nom. Petit bonus de millésime : le parc du Mont-Royal fête ses 150 ans cette année. Il a été dessiné par Frederick Law Olmsted, l'architecte paysagiste de Central Park, ce qui explique peut-être pourquoi on s'y sent si vite chez soi quand on aime les villes qui respirent.
Redescente tranquille par les rues, pause dans le campus de McGill, Tim Hortons de récompense, sieste réparatrice. Le midi, KFC, ou plutôt PFK, Poulet Frit Kentucky, loi 101 oblige. Je comprends et je respecte la défense du français, mais alors pourquoi Burger King n'est-il pas devenu le Roi des sandwiches allemands ? Deux poids, deux mesures. Le tout arrosé d'un format 32 onces de Pepsi Max, soit presque un litre, parce qu'ici la modération est une notion décorative.
L'après-midi, métro vers le Parc olympique. Toujours et éternellement en travaux, à croire que c'est une forme d'hommage à la mémoire de Jean Drapeau, le maire des Jeux de 1976 resté célèbre pour avoir promis que les Olympiques ne pouvaient pas plus être déficitaires qu'un homme ne peut tomber enceinte. La ville a fini de rembourser la facture en 2006. Et en cette année du 50e anniversaire des Jeux, la tour d'observation, elle, reste fermée pour sa grande rénovation, désormais promise pour 2027. La tradition se perpétue.
Ce contretemps fut une bénédiction, parce que la vraie star du quartier, c'est le Jardin botanique juste à côté. Et bordel que c'est grand. Je ne pense pas avoir vu toutes les plantes, il y en a des dizaines de milliers, mais mention très spéciale au Jardin des Premières-Nations : des enceintes disséminées le long du parcours diffusent une ambiance sonore qui mélange le relaxant et l'hypnotique, et entre les paysages et les écureuils qui vous observent, je me suis retrouvé dans un état contemplatif digne de la scène du rêve chamanique du film des Simpson. Sans soupe magique, juste le lieu. J'ai appris depuis que ce que je voyais en cours d'installation partout dans les jardins de Chine et du Japon, c'était le montage des Jardins de lumière, l'événement d'automne qui illumine les trois jardins culturels à la nuit tombée à partir du 3 septembre, avec cette année un parcours entièrement repensé pour les 25 ans du jardin des Premières-Nations. De jour, c'était déjà prometteur. De nuit, ça doit être magnifique. L'entrée est à 25 dollars et ça les vaut largement : comptez 1h30 à 2h, beaucoup plus si comme moi vous vous arrêtez à chaque feuille et que vous contemplez les canards.
Retour à 19h, bien poncé, bavette méritée au restaurant de l'hôtel, extinction des feux à 21h.
Bilan : 19 km, 24 911 pas, un lever de soleil.
Jour 5· samedi 29 août : le mont Saint-Bruno
Départ 9h30, McDo, et sur le chemin, deux curiosités. D'abord l'Orange Julep, cet établissement mythique en forme d'orange géante qui sert depuis les années 60 un jus d'orange mousseux au lait et au sucre : j'ai admiré l'architecture, j'ai décliné la boisson. Ensuite, un concessionnaire Honda du nom d'Excel, ce qui pose une vraie question : peut-on dire que ces Honda ont des tableurs de bord ?
Puis cap vers l'est et la banlieue, direction le parc national du Mont-Saint-Bruno. Détail géologique amusant : le mont Saint-Bruno est une colline montérégienne, exactement la même famille de reliefs que le Mont-Royal, une lignée de bosses alignées dans la plaine du Saint-Laurent. Sur place, des sentiers qui serpentent entre les érables, les bouleaux et les chênes, autour de deux grands lacs. Familles, joggeurs, vététistes et toutous de toutes tailles s'y croisent, et tout est réglementé, des sentiers autorisés jusqu'à la longueur de la laisse, mais voilà le plus beau : tout le monde respecte, sans un panneau menaçant, sans un garde. En bord de lac, quelques demeures avec ponton privé font sérieusement rêver, ambiance Dawson's Creek garantie.
Sur le retour, arrêt au parc Jean-Drapeau pour photographier la Biosphère, ce dôme géodésique de Buckminster Fuller hérité du pavillon américain d'Expo 67, puis le crépuscule sur la skyline depuis l'embarcadère des navettes fluviales. Le genre de fin de journée qui justifie le trépied.
Bilan : 20,8 km, 27 052 pas. Les jambes commencent à en parler.
Jour 6· dimanche 30 août : jour de pluie, jour de boutiques
Orages annoncés, et la jambe droite qui accuse le coup : jour de repos décrété. Petit-déj' Burger King, puis session boutiques : retour chez Uniqlo (nouveaux t-shirts, un pantalon, je suis définitivement tombé amoureux de cette enseigne et de ses rayons impeccables qui diffusent de la J-pop, même si leurs gammes largement unisexes font qu'on cherche un pantalon et qu'on se retrouve au rayon sous-vêtements féminins sans comprendre comment), un t-shirt pour Alex et des livres d'ici pour ses filles, un bracelet d'Apple Watch à l'Apple Store, quelques bricoles au Walmart. Retour sous la pluie, poche de glace sur les tendons du genou, salade César, dodo.
Bilan d'un jour de repos à la montréalaise : 12,7 km et 16 401 pas quand même.
Jour 7· lundi 31 août : le Vieux-Port
Départ 8h30, McDo place des Arts, puis descente vers le fleuve. D'abord un passage devant le Silo no 5, cette cathédrale de béton désaffectée du stockage des céréales, abandonnée depuis les années 90, avec Habitat 67 en toile de fond, l'utopie de béton empilé de Moshe Safdie construite pour Expo 67. Deux visions du béton montréalais à quelques centaines de mètres, l'une morte, l'autre toujours habitée et toujours culte.
Puis le Vieux-Port dans les règles : la Grande Roue, l'accrobranche temporaire sur thème pirate planté en plein cœur du port (des mâts, des voiles, des gamins suspendus, c'est très réussi), la tour de l'Horloge au loin, l'hôtel de ville, et le marché Bonsecours pour quelques emplettes familiales. Fin de journée en mode chasse urbaine : déambulation dans les rues à la recherche des murales et graffitis, et Montréal en regorge, du pochoir discret à la fresque de dix étages.
En chemin, un détour qui n'a l'air de rien et qui m'a fait un petit quelque chose : dans l'atrium du Centre de commerce mondial, entre deux tours de bureaux, se dresse un authentique segment du mur de Berlin, offert par la ville de Berlin en 1992 pour les 350 ans de Montréal. Face ouest couverte de graffitis, face est d'un béton lisse et muet : toute l'histoire du truc tient dans cette différence de texture. Et je l'ai touché. Un bout de guerre froide posé, pour l'anecdote, au-dessus du tracé des anciennes fortifications de la Nouvelle-France. Montréal, ville discrètement douée pour les mille-feuilles historiques.
Bilan : 14,2 km, 18 266 pas.
Jour 8· mardi 1er septembre : le barbier, le parc et les vinyles
Rendez-vous à 10h chez Maison Privée, un barbier avec Thomas, un Français expatrié depuis à peine plus d'un an. Rasage de la tête, dégradé sur la barbe, et une heure de discussion qui valait le déplacement, entre la vraie vie de résident à Montréal, les jeux vidéo dont Valorant et le matos PC.
Puis McDo pour la dose de Coke diète et, luxe suprême, un sundae aux fraises avec du vrai coulis, cette denrée en voie de disparition dans les fast-foods français.
L'après-midi, le parc La Fontaine, qui a l'air d'un simple parc de quartier sur la carte et qui se révèle immense : des joggeurs, des cyclistes, des gens qui chillent comme moi, et surtout la nature qui fait sa loi, les mouettes qui règnent sur le plan d'eau en chassant les pigeons pendant que les écureuils font leur tri sélectif dans les poubelles.
Et puis le moment que j'attendais : Aux 33 Tours, la boutique de vinyles de l'avenue du Mont-Royal. Le plan initial était simple : remplir la valise de pressages nord-américains. La réalité m'a laissé fort dépourvu : la grande majorité des disques que je prenais en main étaient des pressages européens, République tchèque, Pologne, Allemagne, Angleterre. Même Justin Timberlake, Taylor Swift ou Beyoncé : pressés en Europe. Et les titres que je visais en pressage américain étaient tout simplement absents des bacs. Est-ce le quartier, très prisé des expatriés français, qui fait venir ses cartons d'Europe ? Mystère. En tout cas je suis reparti bredouille, et cette bizarrerie de l'industrie du disque mériterait qu'on creuse.
Récupération des New Balance commandées au jour 2, puis courses au Walmart pour un souper maison, et une session d'anthropologie alimentaire. On trouve de quoi manger sainement ici, mais il faut le chercher, souvent mal indiqué et encerclé de saloperies. Même la barquette de poulet rôti estampillée sans OGM et sans antibiotiques affiche 17 % de l'apport journalier en sel pour 100 grammes, et la barquette en fait 200. Le bio s'appelle organique, les rayons du monde entier se côtoient, halal, asiatique, mexicain et même un gros rayon gourmet français, et les pizzas surgelées m'ont rendu jaloux : épaisses, vraie croûte qui croustille, déclinaisons bœuf et poulet, à des années-lumière de nos éternelles semelles margherita. Seul avertissement pour les célibataires : les conditionnements ne sont pas prévus pour vous. Si vous achetez un pot de ketchup pour vous tout seul, vérifiez bien que la date aille très loin.
[album_7 "Vieux port vers Lafontaine et le Plateau" exif]
Bilan : 17 km, 22 039 pas.
Jour 9· mercredi 2 septembre : du pont au Roi Lion
Lever aux aurores, direction le pont Jacques-Cartier pour le lever de soleil. Une lumière superbe sur ce vieux mécano d'acier et de béton, et une pensée iconoclaste : on est plus proche de l'échafaudage géant que du viaduc de Garabit. Il y a dans ce pont une sensation de provisoire qui dure depuis les années 30, et c'est peut-être ça qui le rend attachant.
Petit-déj' en ville, puis le parc Jean-Drapeau version sportive : l'ascension de la tour de Lévis, cette ancienne tour d'eau des années 30 déguisée en donjon sur l'île Sainte-Hélène. Malgré le vent, la vue là-haut est à couper le souffle.
L'après-midi, retour au Vieux-Port côté boutiques de souvenirs, et petit jeu d'observation : certaines jouent franc jeu et laissent les étiquettes Made in Vietnam, Bangladesh ou China bien visibles, d'autres pratiquent le sport pervers de retirer les étiquettes et de disposer la marchandise juste à côté d'un minuscule présentoir de deux ou trois babioles authentiquement fabriquées au Canada. L'illusion par contamination, un classique.
Le soir, le grand moment du séjour : d'abord un steakhouse du Vieux-Port (César, contre-filet New York, dame blanche, dans cet ordre et sans regret), puis marche rapide pour ne pas être en retard à la salle Wilfrid-Pelletier de la place des Arts, où les dates du Roi Lion coïncidaient pile avec mon séjour. Le spectacle est magnifique, drôle, émouvant, bourré de trouvailles artistiques, avec des chansons supplémentaires et des scènes prolongées qui font passer l'histoire de 1h20 de film à 2h30 de scène, et tout est bienvenu. Salle quasi comble, standing ovation, et en regardant autour de moi je ne voyais que des quarantenaires avec, comme les miens, leurs yeux d'enfant le temps d'une soirée.
Bilan : 22,5 km, 28 912 pas. Record du séjour, et il fallait bien ça.
Jour 10· jeudi 3 septembre : la quête LEGO
Mission du jour : trouver une valise cabine pour absorber le surplus de vêtements et de souvenirs. Quête secondaire, et pas des moindres : faire tamponner mon passeport LEGO dans les deux LEGO Store de la région, à Laval et à Pointe-Claire. Oui, ça existe, oui, c'est très sérieux. Cette double quête m'a offert ce que le centre-ville ne montre pas : Laval, Pointe-Claire, la banlieue réelle, et surtout l'occasion de prendre le REM, ce métro léger automatique tellement plus doux et silencieux que le métro classique, avec en prime la vue sur l'extérieur depuis la rame. Retour à l'hôtel après quelques lignes de bus supplémentaires, valise cabine sous le bras, passeport dûment tamponné.
Bilan : 18 km, 23 346 pas.
Jour 11· vendredi 4 septembre : pancakes, massage et le XLR enfin
Dernière journée, et le cœur un peu lourd. Petit-déj' de gala : pancakes, sirop d'érable, fruits frais de saison. À midi, une heure de massage détente chez une massothérapeute, histoire de rendre à mon coprs les 170 kilomètres qu'il m'avait prêtés et de reprendre l'avion détendu. Dernières boutiques, dernières balades dans les rues, et avion à 20h.
Et là, la consolation du voyage : le retour s'est fait sur l'A321XLR. Verdict après l'avoir tant attendu : fantastique. Bien installé au niveau des jambes, silencieux au point qu'on se croirait limite en planeur, il watte bien au décollage et pousse gaillard, et en vol c'est un régal. Une seule ombre au tableau, et elle est cocasse : le moulage du repose-doigt du pare-soleil a des bords si saillants que je m'y suis littéralement ouvert le crâne en me cognant dessus. L'ergonome d'Airbus qui a validé cette pièce devrait aller en prison. À part mon cuir chevelu, rien à redire, et l'équipage d'Air Canada a été aux petits soins, de quoi me faire complètement oublier l'aller avec cette autre compagnie dont je ne me souviens déjà plus du nom.
Arrivé en France sans avoir dormi (je n'ai jamais su dormir assis), ma première pensée fut de ne plus jamais voyager. Quelques jours plus tard, il me tarde déjà d'y retourner, en simplifiant certaines choses et en améliorant d'autres.
Le bilan comptable
Onze jours, dont neuf pleins sur place. 221 652 pas au compteur, soit 171 kilomètres à pied (et encore, sans compter les 3,7 km du samedi de retour côté France, jambes en pilote automatique). Deux levers de soleil, un Roi Lion, zéro vinyle nord-américain, un passeport LEGO tamponné deux fois, et une certitude : Montréal et moi, ce n'est pas fini.
En attendant, place aux photos : la grande galerie du voyage, exifs affichés pour les curieux de réglages.